‘ORI I TAHITI

THÈME : LE MĀ’OHI, TOUT AUTRE

Lorsqu’un arbre s’est abattu, on emploie le mot hià pour décrire cet état. Une des explications serait que son assise, devenue trop instable, a cédé sous son poids. Huritumu décrit quant à lui la situation dans laquelle quelque chose a été renversé jusqu’à sa fondation. En parlant d’un arbre, cela signifie qu’il a été extirpé en totalité et se retrouve détaché de son assise. Le système racinaire de l’arbre a donc perdu tout contact avec la terre. Ces deux termes désignent donc deux situations bien distinctes mais avec un résultat identique : l’arbre est à terre avec des racines désormais exposées, en partie pour l’un et en totalité pour l’autre. Ces deux schémas pourraient bien illustrer la situation actuelle des Māòhi. Peut-on considérer le Māòhi comme plus proche d’un arbre qui s’est abattu ou alors d’un arbre déraciné, sachant que dans les deux cas, c’est son essence même qui gît ? Initialement, la culture Māòhi ne faisait qu’un ; un ensemble varié, cohérent et homogène. Désormais, ce n’est qu’avec une unité de cet ensemble que l’on s’identifie Māòhi. L’assise si stable d’antan n’est donc plus qu’un bourbier puisque le Māòhi en est arrivé à se demander Que suis-je donc ?

Les points précédents décrivent quelques appuis sur lesquels se base le thème : l’histoire de ce peuple qui perd le contact avec ses racines, l’histoire de ce peuple qui ne conjugue plus que très peu avec ses racines et qui s’interroge sur le sens de sa vie, pour aboutir sur une interrogation, qu’adviendra-t-il de ce peuple s’il tarde à réaliser l’ampleur de la situation dans laquelle il se retrouve ?

Notre thématique se veut également être une forme d’avertissement adressée aux parents ainsi qu’aux nouvelles générations. Nous sommes arrivés à un point de transition où les parents, les grands-parents (arrière-grands-parents) d’aujourd’hui sont les dernières racines de ce peuple ; une fois disparus, c’est tout un pan culturel qui s’en ira avec eux. Si toutefois nos racines venaient à disparaître sans avoir transmis leur connaissance, que deviendra cette nouvelle génération : des déracinés ? Une citation nous rappelle que « si le pays se porte bien, son peuple le sera tout autant ». Si l’on a régulièrement recours à la nature pour soigner nos maux, est-ce qu’en retour ce peuple soignera les maux de son pays pour être de nouveau ?

Auteur du thème : Tane RAAPOTO