TOAHIVA

THÈME : Perdue fut ma langue et moi punie, Retrouvée elle est.

En donnant en héritage à ses enfants polynésiens cette terre bénie, le Fenua, Taaroa leur a également confié une part magique de son génie créateur : la langue, la langue de nos premiers ancêtres.

Nous célébrons, aujourd’hui, cette langue par laquelle tout fut nommé et parce que tout fut nommé, tout prit vie dans les mémoires des Premiers d’entre nous. Ceux que nous appelons nos pères.

Nous la célébrons d’autant plus qu’on nous l’a interdite, qu’on nous l’a arrachée et que nous fûmes punis de la parler.
Elle ne pouvait pas mourir. Elle allait renaître, un jour, mais combien de générations ont dû la renier. L’abandonner. Par peur, également. Peur, tu étais dénoncée.
Tout ceci car une autre langue est arrivée. Des livres sont arrivés et sur les livres cette autre langue. Une autre histoire mais pas mon histoire.

Notre langue était le don de Taaroa. Elle éclairait notre Univers premier. Elle avait tout nommé, déjà : les quatre éléments naturels, l’Homme, la Femme et l’Enfant et la Famille; la Nature : ses arbres et ses fleurs de beauté; le grand Océan et ses mille habitants. Le souffle du vent, les étoiles célestes. Le soleil et la Lune. L’Amour, la Mort. La vie.

Comme nous l’avons pleurée, notre belle langue. On nous l’avait arrachée, interdite. Des générations entières s’en sont vues privées, l’ont perdu, l’ont crainte : tu étais punie, punie et encore punie si tu la parlais.

Ce soir, nous célébrons la langue retrouvée comme un Air de liberté; comme une clé ouvrant le trésor sacré de notre identité. Celle qui fut perdue, volée, la danse l’a retrouvée.

Nous la célébrons par la danse et par la musique, en rendant hommage aux anciens, à leur infinie sagesse. Ils savaient bien qu’on la retrouverait.